Morale · Programme de Terminale
Le bonheur — fiche de révision pour le bac de philosophie
Étymologie « Bon » + « heur », du latin augurium : le présage, la chance. Littéralement, le bonheur est une « bonne fortune » — ce qui pose d'emblée la question : dépend-il de nous ou du hasard ?
Tout le monde veut être heureux — c'est même, disait Aristote, le seul but qu'on ne poursuit jamais en vue d'autre chose. Mais personne ne s'accorde sur ce qu'il est : plaisir, absence de trouble, vertu, réussite ? Et s'il dépendait moins des circonstances que de nous-mêmes ?
L'essentiel du cours
1. Plaisir, joie, bonheur : trois choses
Le plaisir est ponctuel et lié à la satisfaction d'un désir ou d'un besoin ; la joie est intense mais passagère ; le bonheur, lui, est un état global et durable de satisfaction — on dit d'une vie qu'elle est heureuse, pas d'une minute. D'où le premier problème : additionner des plaisirs ne fait pas un bonheur (une soirée réussie n'est pas une vie réussie), et certains plaisirs détruisent le bonheur. Hédonisme (le plaisir comme bien suprême) et eudémonisme (le bonheur comme fin) ne sont donc pas synonymes.
2. Les sagesses antiques : le bonheur s'apprend
Point commun des écoles antiques : le bonheur ne dépend pas des biens extérieurs mais du rapport qu'on entretient avec eux. Épicure trie les désirs : satisfaire les naturels et nécessaires, congédier les vains (richesse, gloire) qui rendent l'âme insatiable. Les stoïciens tracent la frontière ailleurs : ne vouloir que ce qui dépend de nous (nos jugements), consentir au reste. Dans les deux cas, le malheur vient d'une erreur de jugement — et la philosophie est une médecine de l'âme.
3. Les modernes : un idéal introuvable ?
Kant constate que le bonheur est un concept indéterminé : nul ne peut dire ce qui le rendrait vraiment heureux (la richesse ? les soucis qui viennent avec ?). Ce n'est donc pas sur lui qu'on peut fonder la morale — la morale rend digne du bonheur, sans le promettre. Pascal va plus loin : incapables de supporter le présent, nous fuyons dans le divertissement. Et Schopenhauer enferme le désir dans l'alternative manque/ennui. Reste la voie d'Alain : le bonheur n'est pas un état qu'on attend, c'est une pratique qu'on entretient.
Les auteurs incontournables
AristoteÉthique à Nicomaque
Le bonheur (eudaimonia) est le souverain bien : ce qu'on recherche pour lui-même et jamais pour autre chose. Il n'est pas un état mais une activité — l'exercice excellent de ce qui fait l'homme, la raison, dans une vie complète.
ÉpicureLettre à Ménécée
Le bonheur s'obtient par un tri des désirs : satisfaire les désirs naturels et nécessaires (boire, manger, l'amitié), écarter les désirs vains (richesse, gloire, immortalité). Le but : l'ataraxie, absence de trouble de l'âme — un plaisir stable, non une accumulation de jouissances.
ÉpictèteManuel
Distingue ce qui dépend de nous (jugements, désirs, actions) de ce qui n'en dépend pas (corps, réputation, mort). Le malheur naît de vouloir l'impossible ; la sagesse consiste à vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent.
KantFondements de la métaphysique des mœurs (1785)
Le bonheur est « un idéal non de la raison mais de l'imagination » : un concept si indéterminé que nul ne peut dire ce qui le rendrait vraiment heureux. La morale ne nous apprend pas à être heureux, mais à nous rendre dignes de l'être.
SchopenhauerLe Monde comme volonté et comme représentation (1818)
Le désir est souffrance : manque tant qu'il n'est pas satisfait, ennui dès qu'il l'est. La vie oscille comme un pendule entre douleur et ennui — le bonheur n'est jamais qu'un répit négatif, la suspension momentanée d'une souffrance.
AlainPropos sur le bonheur (1925)
Le bonheur n'est pas une loterie mais un travail : « il faut vouloir être heureux et y mettre du sien ». Le pessimisme est d'humeur, l'optimisme est de volonté — on se fait heureux comme on se fait athlète, par exercice.