L'essentiel du cours
1. Les degrés de la conscience
Conscience immédiate : être présent au monde, sentir, percevoir — l'animal en est capable. Conscience réfléchie : se prendre soi-même pour objet, savoir que l'on sait — dire « je ». Conscience morale : juger ses actes en bien ou en mal. L'enjeu de la notion tient dans le passage de l'une à l'autre : c'est la réflexion qui fait le sujet, c'est-à-dire un être qui ne se contente pas de vivre mais se rapporte à sa propre vie, peut s'en étonner, la juger, la transformer.
2. La conscience fonde le sujet
Chez Descartes, la conscience survit au doute le plus radical : le cogito est la première certitude, le socle de tout savoir. Kant en tire la définition de la personne : parce qu'il possède le « Je » dans sa représentation, l'homme n'est pas une chose qu'on possède mais un sujet de droits, responsable de ses actes — fondement de la morale et du droit. La conscience n'est pas un simple fait psychologique : elle institue la dignité.
3. Conscience de soi n'est pas connaissance de soi
Être sûr que j'existe ne dit pas qui je suis. L'introspection est partielle (je ne vois pas mes habitudes, mes mobiles profonds) et partiale (je suis juge et partie). Nietzsche ajoute que la conscience arrive tard : elle est la surface d'un jeu de forces qui la précède ; Husserl, qu'elle est toujours tournée vers autre chose qu'elle-même (intentionnalité). Se connaître exige donc des médiations : le regard d'autrui, ses actes, ses œuvres — on se découvre dans ce qu'on fait, pas en se contemplant.
Le vocabulaire à maîtriser
- Conscience réfléchie
- Retour de la pensée sur elle-même : non seulement savoir, mais savoir que l'on sait.
- Intentionnalité
- Structure de la conscience qui fait qu'elle est toujours visée de quelque chose d'autre qu'elle.
- Introspection
- Observation de soi par soi-même, dont la fiabilité est contestée.
- Sujet
- Être capable de dire « je », support de pensées et d'actes dont il répond.
- Solipsisme
- Position selon laquelle seule l'existence de mon propre moi est certaine.
Les auteurs incontournables
DescartesMéditations métaphysiques (1641)
Au terme du doute hyperbolique, une certitude résiste : même trompé par un malin génie, il faut que j'existe pour être trompé. « Je pense, donc je suis » — la conscience est le fondement indubitable de toute connaissance, et je suis une chose pensante.
PascalPensées (1670)
« L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. » L'univers peut m'écraser, mais je sais que je meurs et lui ne sait rien : toute notre dignité consiste donc en la pensée.
KantAnthropologie du point de vue pragmatique (1798)
Posséder le « Je » dans sa représentation élève l'homme au-dessus de tous les êtres : il devient une personne, sujet moral responsable, et non une chose qu'on peut posséder ou utiliser.
HusserlIdées directrices pour une phénoménologie (1913)
Toute conscience est conscience de quelque chose : c'est l'intentionnalité. La conscience n'est pas une boîte contenant des images du monde, mais un mouvement qui vise les choses — elle est ouverture, non intériorité close.
SartreL'Être et le Néant (1943)
La conscience n'est rien de figé : elle est néant, arrachement perpétuel à ce qui est. C'est pourquoi l'homme est libre — et la mauvaise foi consiste précisément à se fuir en se prétendant une chose (« je suis comme ça »).
BergsonL'Énergie spirituelle (1919)
La conscience signifie mémoire et anticipation : elle retient le passé et empiète sur l'avenir. Elle s'intensifie quand nous choisissons et s'endort dans l'habitude — conscience est synonyme de choix.