L'essentiel du cours
1. Ce qu'est l'État (et ce qu'il n'est pas)
L'État est l'institution qui détient la souveraineté : le pouvoir de décider en dernier ressort sur un territoire. Il ne se confond ni avec le gouvernement (l'équipe provisoire qui exerce le pouvoir), ni avec la société (l'ensemble des relations entre individus), ni avec la nation (communauté de culture ou d'histoire). Weber en donne le critère moderne : l'État revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime — lui seul peut légalement punir, contraindre, lever l'impôt.
2. Pourquoi obéir ? Les justifications
Pour les contractualistes, l'État naît d'un pacte : par peur de la mort violente (Hobbes), pour protéger ses droits naturels (Locke), pour fonder la liberté sur la loi commune (Rousseau). Contre eux, Aristote tient la cité pour naturelle : l'homme est fait pour vivre en communauté politique. La version moderne du compromis s'appelle État de droit : un État soumis lui-même aux lois, où les pouvoirs sont séparés (Montesquieu) pour que « le pouvoir arrête le pouvoir » — l'obéissance s'y échange contre des garanties.
3. Les critiques de l'État
L'anarchisme (Bakounine) tient toute domination étatique pour une oppression à abolir : l'ordre peut naître de la libre association. Le marxisme y voit l'instrument d'une classe : derrière la neutralité affichée, l'État protège la propriété. Le libéralisme, sans vouloir le détruire, veut le minimal (sécurité, justice) contre l'État-providence qui redistribue et protège. À l'autre extrême, le totalitarisme du XXe siècle a montré ce qu'est un État qui absorbe tout : parti unique, idéologie obligatoire, terreur — la disparition même de la sphère privée.
Le vocabulaire à maîtriser
- Souveraineté
- Pouvoir suprême de décider en dernier ressort, sans autorité supérieure.
- État de droit
- État dont le pouvoir est lui-même soumis aux lois, avec séparation des pouvoirs et recours pour les citoyens.
- Contractualisme
- Doctrine qui fonde le pouvoir politique sur une convention passée entre les hommes.
- Société civile
- Sphère des relations et initiatives privées, distincte des institutions étatiques.
- Totalitarisme
- Régime qui vise la domination totale de la société, jusque dans les consciences.
Les auteurs incontournables
HobbesLéviathan (1651)
Sans pouvoir commun, l'état de nature est une « guerre de tous contre tous » où la vie est précaire. Par calcul, les hommes contractent : ils remettent toute leur puissance à un souverain absolu, le Léviathan, en échange de la sécurité. Mieux vaut un maître que le chaos.
RousseauDu contrat social (1762)
Le seul fondement légitime du pouvoir est le contrat par lequel chacun s'unit à tous : le peuple devient souverain et n'obéit qu'à la volonté générale — qui vise l'intérêt commun, et non la somme des intérêts privés. « L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. »
Max WeberLe Savant et le Politique (1919)
L'État moderne se définit par le monopole de la violence physique légitime sur un territoire : lui seul peut légalement contraindre. Toute la question est dans le mot « légitime » — la force brute ne suffit pas, il faut que la domination soit reconnue.
MarxManifeste du parti communiste (1848)
L'État n'est pas neutre : il est l'instrument de la classe dominante, qui protège la propriété bourgeoise sous couvert d'intérêt général. Après la révolution et la disparition des classes, l'État est appelé à dépérir.
BakounineDieu et l'État (1882)
Tout État, même « démocratique », est une machine de domination qui corrompt ceux qui le servent. L'anarchisme parie sur la libre fédération et l'autogestion : l'ordre sans le pouvoir.
PlatonRépublique
Gouverner est un art qui exige un savoir : la cité juste doit être dirigée par ceux qui connaissent le Bien, les philosophes-rois. La démocratie, règne de l'opinion et des désirs, dégénère en tyrannie.