L'essentiel du cours
1. De l'adjectif au substantif
Dire qu'un geste est inconscient (fait sans attention) est banal ; affirmer qu'il existe en moi UN inconscient — un système de représentations refoulées qui pense, désire et agit à mon insu — est une thèse forte. C'est le pas que franchit Freud : les rêves, lapsus, actes manqués et symptômes ne sont pas des accidents mais des effets qui ont un sens. Avant lui, Leibniz (petites perceptions) et Nietzsche (le corps, les pulsions) avaient déjà fissuré l'équation cartésienne entre pensée et conscience.
2. Le dispositif freudien
Première topique : inconscient / préconscient / conscient, séparés par la censure. Seconde topique : le ça (réservoir pulsionnel), le surmoi (interdits intériorisés) et le moi, qui négocie entre les deux et la réalité. Le refoulement rejette hors de la conscience les représentations inacceptables — qui font retour, déguisées : c'est le « retour du refoulé ». La cure psychanalytique parie qu'en parlant librement, le sujet peut réintégrer ce qui le gouverne à son insu : « là où était le ça, le moi doit advenir ».
3. Le débat : science ? excuse ?
Trois attaques classiques. Alain : l'inconscient est une faute de méthode — on fabrique « un autre moi » commode ; il n'y a que le corps et ses mécanismes. Sartre : la censure doit savoir ce qu'elle censure, donc elle est consciente — l'inconscient est une mauvaise foi qui se fuit. Popper : la psychanalyse explique tout, donc n'interdit rien, donc n'est pas réfutable — pas une science. Réponse possible : même contestée comme science, l'hypothèse a changé la connaissance de soi — le sujet n'est plus transparent, il doit s'interpréter. Et elle n'excuse rien : elle déplace la responsabilité vers le travail qu'on fait (ou pas) sur soi.
Le vocabulaire à maîtriser
- Refoulement
- Mécanisme qui rejette hors de la conscience les représentations inacceptables.
- Ça / Moi / Surmoi
- Les trois instances de la seconde topique : pulsions, instance médiatrice, interdits intériorisés.
- Acte manqué
- Acte raté en apparence (oubli, lapsus, maladresse) qui réalise un désir inavoué.
- Censure
- Instance qui filtre ce qui peut accéder à la conscience et déguise le reste.
- Déterminisme psychique
- Principe freudien selon lequel rien n'est gratuit dans la vie psychique : tout a un sens et une cause.
Les auteurs incontournables
LeibnizNouveaux Essais sur l'entendement humain (1704)
Bien avant Freud, il observe les « petites perceptions » : mille impressions trop faibles pour être remarquées (le bruit de chaque vague dans le grondement de la mer) agissent sur nous sans que nous en ayons conscience.
FreudIntroduction à la psychanalyse (1917)
Le psychisme comporte des représentations refoulées qui continuent d'agir : rêves, lapsus, actes manqués et symptômes en sont les manifestations déguisées. Le rêve est la « voie royale » vers l'inconscient ; la cure parlante vise à rendre au moi ce qui lui échappe.
AlainÉléments de philosophie (1941)
L'inconscient freudien est une faute de méthode : on en fait « un autre moi » qui pense et veut à ma place. Il n'y a pas de pensées cachées, seulement le corps et ses mécanismes — et la pensée véritable est toujours consciente et volontaire.
SartreL'Être et le Néant (1943)
La censure freudienne est contradictoire : pour refouler, il faut savoir ce qu'on refoule — donc en être conscient. Ce que Freud appelle inconscient est en réalité mauvaise foi : une conscience qui se ment à elle-même pour fuir sa liberté.
NietzscheAinsi parlait Zarathoustra (1883)
Derrière les pensées conscientes travaille une « grande raison » : le corps. La conscience n'est que la surface tardive d'un jeu de pulsions et de forces qui nous constitue — « il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse ».
PopperConjectures et réfutations (1963)
La psychanalyse explique tout — et c'est le problème : aucune observation ne peut la réfuter. Or une théorie qui n'est pas falsifiable n'est pas scientifique. L'inconscient serait une hypothèse féconde, mais pas une science.