L'essentiel du cours
1. Langage, langue, parole
Saussure distingue le langage (la faculté humaine universelle de symboliser), la langue (un système de signes propre à une communauté : le français, le swahili) et la parole (l'acte individuel). Le signe unit un signifiant (sons, lettres) et un signifié (concept), et ce lien est arbitraire : rien ne ressemble à un arbre dans le mot « arbre » — preuve : chaque langue dit autre chose. Conséquence énorme : chaque langue découpe le monde à sa manière ; parler n'est pas coller des étiquettes sur des choses déjà classées.
2. Le propre de l'homme ?
Les animaux communiquent : la danse des abeilles transmet une direction et une distance. Mais c'est un code fixe : pas de dialogue, pas de réponse, pas de message sur le message (Benveniste). Le langage humain, lui, est créatif : avec un stock fini de mots, nous produisons des phrases neuves et adaptées — ce que Descartes tenait déjà pour la preuve de la pensée, et que ni la bête ni la machine de son temps ne savaient faire. La différence n'est pas de degré mais de nature : signal d'un côté, signe de l'autre.
3. Pouvoirs et limites des mots
Le langage ne se contente pas de décrire : il agit. « Je le jure », « la séance est ouverte » — dire, c'est faire (Austin). Il peut aussi manipuler : la rhétorique persuade sans prouver, l'euphémisme maquille (« plan social » pour licenciements), nommer c'est déjà classer. Limite inverse : les mots généralisent, et le singulier leur échappe — ce que je ressens exactement, aucun mot commun ne le dit (Bergson). Réponse de Hegel : l'ineffable n'est pas un trésor trop profond, c'est une pensée encore confuse ; c'est en cherchant le mot que la pensée se précise.
Le vocabulaire à maîtriser
- Signe linguistique
- Union conventionnelle et arbitraire d'un signifiant (forme sonore) et d'un signifié (concept).
- Signal
- Stimulus qui déclenche un comportement fixe, sans dialogue possible.
- Performatif
- Énoncé qui accomplit l'acte qu'il énonce (« je promets », « je vous déclare mariés »).
- Polysémie
- Propriété d'un mot qui possède plusieurs sens selon le contexte.
- Ineffable
- Ce qui se ressent mais ne se laisserait pas exprimer par les mots.
Les auteurs incontournables
AristoteLes Politiques
Si l'homme est un animal politique, c'est qu'il est le seul à posséder le logos : non le simple cri qui exprime plaisir et douleur, mais la parole qui délibère sur l'utile et le juste. Le langage est le ciment de la cité.
DescartesDiscours de la méthode, Ve partie (1637)
Les animaux peuvent émettre des signes, jamais « arranger ensemble diverses paroles » pour répondre au sens de ce qu'on leur dit. Cette créativité du langage — produire des phrases neuves et à propos — prouve la pensée, dont les machines et les bêtes sont dépourvues.
SaussureCours de linguistique générale (1916)
Le signe unit un signifiant (l'image sonore) et un signifié (le concept), et leur lien est arbitraire : rien dans le son « arbre » ne ressemble à un arbre. Chaque langue découpe le réel à sa façon — parler n'est jamais simplement étiqueter.
BergsonLe Rire (1900)
Les mots sont des généralités forgées pour l'action : ils recouvrent la singularité des choses et de nos états d'âme d'une « étiquette » commode. Le langage nous fait vivre dans une zone moyenne du réel — d'où le recours de l'artiste à ce qu'il y a sous les mots.
HegelEncyclopédie des sciences philosophiques (1817)
C'est dans les mots que nous pensons : vouloir une pensée trop profonde pour être dite, c'est confondre profondeur et confusion. L'ineffable n'est pas un trésor, c'est une pensée encore obscure — le langage ne trahit pas la pensée, il l'accomplit.
AustinQuand dire, c'est faire (1962)
Certains énoncés ne décrivent rien : ils font ce qu'ils disent. « Je vous déclare unis par le mariage », « je promets », « la séance est ouverte » — ce sont des performatifs. Parler n'est pas seulement transmettre de l'information, c'est agir.