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Le langage — fiche de révision pour le bac de philosophie

Étymologie Latin lingua : la langue (l'organe et l'idiome). Les Grecs disaient logos — qui signifie à la fois parole ET raison : pour eux, parler et penser sont indissociables.

Le langage semble n'être qu'un outil pour transmettre ce que je pense. Mais y a-t-il une pensée sans mots ? Et les mots disent-ils vraiment les choses — ou les remplacent-ils ? Entre le cri animal et la parole humaine, la différence est-elle de degré ou de nature ?

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Les problématiques
L'essentiel du cours

1. Langage, langue, parole

Saussure distingue le langage (la faculté humaine universelle de symboliser), la langue (un système de signes propre à une communauté : le français, le swahili) et la parole (l'acte individuel). Le signe unit un signifiant (sons, lettres) et un signifié (concept), et ce lien est arbitraire : rien ne ressemble à un arbre dans le mot « arbre » — preuve : chaque langue dit autre chose. Conséquence énorme : chaque langue découpe le monde à sa manière ; parler n'est pas coller des étiquettes sur des choses déjà classées.

2. Le propre de l'homme ?

Les animaux communiquent : la danse des abeilles transmet une direction et une distance. Mais c'est un code fixe : pas de dialogue, pas de réponse, pas de message sur le message (Benveniste). Le langage humain, lui, est créatif : avec un stock fini de mots, nous produisons des phrases neuves et adaptées — ce que Descartes tenait déjà pour la preuve de la pensée, et que ni la bête ni la machine de son temps ne savaient faire. La différence n'est pas de degré mais de nature : signal d'un côté, signe de l'autre.

3. Pouvoirs et limites des mots

Le langage ne se contente pas de décrire : il agit. « Je le jure », « la séance est ouverte » — dire, c'est faire (Austin). Il peut aussi manipuler : la rhétorique persuade sans prouver, l'euphémisme maquille (« plan social » pour licenciements), nommer c'est déjà classer. Limite inverse : les mots généralisent, et le singulier leur échappe — ce que je ressens exactement, aucun mot commun ne le dit (Bergson). Réponse de Hegel : l'ineffable n'est pas un trésor trop profond, c'est une pensée encore confuse ; c'est en cherchant le mot que la pensée se précise.

Le vocabulaire à maîtriser
Signe linguistique
Union conventionnelle et arbitraire d'un signifiant (forme sonore) et d'un signifié (concept).
Signal
Stimulus qui déclenche un comportement fixe, sans dialogue possible.
Performatif
Énoncé qui accomplit l'acte qu'il énonce (« je promets », « je vous déclare mariés »).
Polysémie
Propriété d'un mot qui possède plusieurs sens selon le contexte.
Ineffable
Ce qui se ressent mais ne se laisserait pas exprimer par les mots.
Les auteurs incontournables
AristoteLes Politiques

Si l'homme est un animal politique, c'est qu'il est le seul à posséder le logos : non le simple cri qui exprime plaisir et douleur, mais la parole qui délibère sur l'utile et le juste. Le langage est le ciment de la cité.

DescartesDiscours de la méthode, Ve partie (1637)

Les animaux peuvent émettre des signes, jamais « arranger ensemble diverses paroles » pour répondre au sens de ce qu'on leur dit. Cette créativité du langage — produire des phrases neuves et à propos — prouve la pensée, dont les machines et les bêtes sont dépourvues.

SaussureCours de linguistique générale (1916)

Le signe unit un signifiant (l'image sonore) et un signifié (le concept), et leur lien est arbitraire : rien dans le son « arbre » ne ressemble à un arbre. Chaque langue découpe le réel à sa façon — parler n'est jamais simplement étiqueter.

BergsonLe Rire (1900)

Les mots sont des généralités forgées pour l'action : ils recouvrent la singularité des choses et de nos états d'âme d'une « étiquette » commode. Le langage nous fait vivre dans une zone moyenne du réel — d'où le recours de l'artiste à ce qu'il y a sous les mots.

HegelEncyclopédie des sciences philosophiques (1817)

C'est dans les mots que nous pensons : vouloir une pensée trop profonde pour être dite, c'est confondre profondeur et confusion. L'ineffable n'est pas un trésor, c'est une pensée encore obscure — le langage ne trahit pas la pensée, il l'accomplit.

AustinQuand dire, c'est faire (1962)

Certains énoncés ne décrivent rien : ils font ce qu'ils disent. « Je vous déclare unis par le mariage », « je promets », « la séance est ouverte » — ce sont des performatifs. Parler n'est pas seulement transmettre de l'information, c'est agir.

Citations à connaître — et à expliquer

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. »

Wittgenstein

Comment l'expliquer ?

Je ne peux penser et découper le monde qu'à travers les mots dont je dispose : ce que ma langue ne nomme pas, je peine à le concevoir. La richesse de mon langage est celle de mon monde accessible.

« C'est dans les mots que nous pensons. »

Hegel

Comment l'expliquer ?

Contre l'idée d'une pensée pure que les mots trahiraient : c'est en cherchant le mot juste que la pensée se forme et se précise. L'« ineffable » n'est pas un trésor trop profond, c'est une pensée encore confuse.

« Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. »

Boileau

Comment l'expliquer ?

Une pensée claire trouve naturellement son expression ; la difficulté à dire trahit souvent une idée encore floue. Lien étroit entre la clarté de la pensée et celle du langage.

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⚠ Attention

Communication animale ≠ langage. Les abeilles de von Frisch transmettent une information (direction, distance du nectar), mais leur danse est un code fixe : pas de dialogue, pas de réponse, pas de message sur le message. Benveniste y voit un signal, non un signe — différence de nature, pas de degré.