L'essentiel du cours
1. Trois niveaux de liberté
Liberté d'action : faire ce que je veux, sans obstacle extérieur (le prisonnier en est privé). Libre arbitre : pouvoir choisir ma volonté elle-même — j'aurais pu vouloir autrement. Autonomie : me donner ma propre loi, au lieu de subir mes impulsions. Les confondre ruine les sujets : un drogué a la liberté d'action (personne ne le force) sans être libre ; un citoyen soumis à la loi commune perd en licence ce qu'il gagne en liberté civile. Liberté n'est pas absence de règle.
2. Le défi du déterminisme
Tout phénomène a des causes — pourquoi mes choix feraient-ils exception ? Spinoza : le sentiment de liberté n'est que l'ignorance des causes qui nous poussent. Les réponses divergent : Descartes oppose l'évidence intérieure du libre arbitre ; Kant distingue l'homme-phénomène (déterminé) et l'homme-noumène (libre), la morale exigeant la liberté ; Sartre déplace le problème — même déterminée par sa situation, la conscience choisit le sens qu'elle lui donne ; Bergson réserve l'acte libre aux moments rares où le moi profond tout entier s'exprime, contre les automatismes du moi superficiel.
3. La liberté se conquiert
Sortie du débat métaphysique : la liberté n'est pas un acquis mais un devenir. On se libère par la connaissance (comprendre ses déterminismes, c'est déjà leur échapper en partie — Spinoza), par l'éducation, par la maîtrise des désirs (stoïciens), et politiquement par la loi commune : obéir à la règle qu'on s'est prescrite, c'est la liberté du citoyen (Rousseau). La servitude volontaire (La Boétie) rappelle l'envers : on peut tenir à ses chaînes. La liberté est moins un état qu'une tâche.
Le vocabulaire à maîtriser
- Libre arbitre
- Pouvoir de se déterminer soi-même, sans y être contraint par aucune cause.
- Déterminisme
- Thèse selon laquelle tout phénomène résulte nécessairement de causes antérieures.
- Fatalisme
- Croyance que ce qui doit arriver arrivera quoi qu'on fasse — à ne pas confondre avec le déterminisme.
- Autonomie
- Fait d'obéir à la loi que l'on s'est soi-même donnée.
- Liberté d'indifférence
- Choix effectué sans aucune raison de préférer un parti à l'autre — plus bas degré de la liberté selon Descartes.
Les auteurs incontournables
DescartesMéditations métaphysiques (1641)
Le libre arbitre est si évident qu'il se connaît sans preuve : c'est en nous la chose la plus parfaite, presque infinie. Mais la liberté d'indifférence (choisir sans raison) en est le plus bas degré — la vraie liberté est éclairée par la connaissance.
SpinozaÉthique (1677)
« Les hommes se croient libres parce qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes qui les déterminent. » Une pierre qui roule, si elle pensait, se croirait libre de rouler. La vraie liberté n'est pas le libre arbitre : c'est comprendre la nécessité et agir selon sa propre nature.
KantCritique de la raison pratique (1788)
La liberté ne peut être prouvée théoriquement — mais la morale l'exige : si je dois, je peux. L'homme phénoménal est déterminé comme tout objet de la nature ; comme noumène, il est libre. Être libre, c'est l'autonomie : obéir à la loi que la raison se donne.
RousseauDu contrat social (1762)
« L'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. » Suivre ses désirs, c'est être leur jouet ; la liberté civile et morale naît quand le citoyen obéit à une règle dont il est l'auteur.
SartreL'existentialisme est un humanisme (1946)
L'existence précède l'essence : aucun Dieu, aucune nature ne définit l'homme à l'avance. Nous sommes « condamnés à être libres » — même ne pas choisir est un choix — et entièrement responsables. Les excuses (le tempérament, les circonstances) relèvent de la mauvaise foi.
ÉpictèteManuel
La liberté est intérieure : nul ne peut m'ôter mes jugements. Esclave devenu philosophe, il était plus libre que ses maîtres — vouloir ce qui dépend de nous et accepter le reste, c'est être invincible.