La culture & le monde · Programme de Terminale

La nature — fiche de révision pour le bac de philosophie

Étymologie Latin natura, du verbe nasci : « naître ». La nature est ce qui naît et croît de soi-même. Le grec phusis (de phuein, pousser) dit la même chose : ce qui se développe sans intervention humaine.

La nature, c'est à la fois ce qui nous entoure (forêts, climat, vivant), ce qui existe sans l'homme, et l'essence d'une chose (« la nature humaine »). L'homme, être de culture, est-il encore un être naturel ? Et la nature est-elle un modèle à suivre, une matière à dominer, ou un équilibre à protéger ?

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Les problématiques
L'essentiel du cours

1. Démêler les sens du mot

« Nature » désigne : l'ensemble de ce qui existe sans l'homme (forêts, climat, vivant) ; l'essence d'une chose (la « nature humaine ») ; le spontané par opposition à l'acquis (naturel vs culturel, artificiel). L'homme brouille toutes ces frontières : être naturel (un corps, des besoins), il ne survit que par la culture — langue, techniques, règles. Sa « nature » est peut-être de ne pas en avoir de fixe : c'est la perfectibilité de Rousseau, capacité indéfinie de se transformer, pour le meilleur et pour le pire.

2. Du cosmos à la machine

Les Anciens voyaient la nature comme un ordre finalisé (chaque être tend vers sa fin — Aristote) qu'il s'agissait de contempler et d'imiter. La science moderne change tout : la nature devient une machine régie par des lois mathématiques, sans intention ni mystère — et donc exploitable. Le projet cartésien (s'en rendre « comme maître et possesseur ») fonde trois siècles de technique. Bacon ajoute la condition : « on ne commande à la nature qu'en lui obéissant » — la dominer suppose de connaître ses lois, pas de les ignorer.

3. La nature, norme ou responsabilité ?

Faut-il « suivre la nature » ? Mill objecte que la nature noie, brûle et tue avec indifférence : toute civilisation est victoire sur elle, et tirer une morale de ce qui est, c'est le sophisme naturaliste (du fait au droit). Attention donc aux usages idéologiques du mot (« contre nature »). Mais la crise écologique renverse la perspective : la nature, jadis menaçante, est devenue vulnérable. Jonas propose un nouvel impératif — agir de sorte qu'une vie authentiquement humaine reste possible sur terre : non pas obéir à la nature, mais en répondre.

Le vocabulaire à maîtriser
Essence
Ce qui fait qu'une chose est ce qu'elle est, ses caractères constitutifs.
Perfectibilité
Capacité indéfinie de l'homme à se transformer et à progresser (ou régresser).
Finalisme
Explication des êtres et des phénomènes par les fins qu'ils poursuivraient.
Mécanisme
Explication de la nature par les seules causes matérielles et lois du mouvement.
Sophisme naturaliste
Erreur consistant à déduire ce qui doit être de ce qui est.
Les auteurs incontournables
AristotePhysique, livre II

Les êtres naturels ont en eux-mêmes leur principe de mouvement et de repos — le gland devient chêne de lui-même —, contrairement aux artefacts, qui tiennent leur forme d'un artisan. La nature est ordonnée par des fins : chaque être tend vers son accomplissement.

DescartesDiscours de la méthode, VIe partie (1637)

La nature n'est pas un cosmos sacré mais une machine : étendue et mouvement, sans mystère ni finalité. La connaître par la science permet de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » — projet fondateur de la modernité technique.

RousseauDiscours sur l'origine de l'inégalité (1755)

L'état de nature est une fiction méthodique : l'homme naturel, mû par l'amour de soi et la pitié, est bon — c'est la société qui le corrompt. Mais l'homme se distingue par sa perfectibilité : rien en lui n'est fixé, pour le meilleur et pour le pire.

Lévi-StraussLes Structures élémentaires de la parenté (1949)

Où finit la nature, où commence la culture ? Critère : ce qui est universel relève de la nature, ce qui obéit à une règle variable relève de la culture. La prohibition de l'inceste, universelle ET réglée, est la charnière paradoxale entre les deux.

MillLa Nature (1874)

« Suivre la nature » est un mauvais guide moral : la nature noie, brûle, empoisonne avec une parfaite indifférence. Toute civilisation est victoire sur la nature, et la morale consiste précisément à ne pas l'imiter.

Hans JonasLe Principe responsabilité (1979)

La puissance technique moderne menace pour la première fois la biosphère et les générations futures : il faut un nouvel impératif — « agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre ».

Citations à connaître — et à expliquer

« Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. »

Descartes

Comment l'expliquer ?

Programme fondateur de la modernité technique : la science ne doit plus seulement contempler la nature mais la dominer pour soulager la condition humaine. La nature devient un objet à exploiter, non un cosmos sacré.

« La coutume est une seconde nature qui détruit la première. »

Pascal

Comment l'expliquer ?

Ce qu'on croit naturel est souvent acquis par habitude : la culture façonne l'homme au point de faire passer ses conventions pour sa nature. Difficile alors de démêler ce qui est vraiment naturel de ce qui est appris.

« Tout est bien sortant des mains de l'Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme. »

Rousseau

Comment l'expliquer ?

L'homme à l'état de nature est bon ; c'est la société et la civilisation qui le corrompent. Inversion du progrès : ce qui sort de la nature est bon, l'artifice humain le pervertit.

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⚠ Attention

Le mot « nature » a (au moins) deux sens qu'un bon devoir distingue d'emblée : la nature-monde (l'ensemble des phénomènes physiques et vivants) et la nature-essence (ce qui définit une chose). « La nature humaine » ne parle pas d'écologie.