Métaphysique · Programme de Terminale

Le temps — fiche de révision pour le bac de philosophie

Étymologie Latin tempus, apparenté au grec temnein : « couper ». Le temps découpe la durée en moments. Les Grecs distinguaient chronos (le temps qui s'écoule et se mesure) et kairos (le moment opportun à saisir).

« Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus » (Augustin). Le temps est l'évidence la plus familière et l'énigme la plus coriace : il passe, mais vers où ? Il détruit tout — mais sans lui, rien n'adviendrait.

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Les problématiques
L'essentiel du cours

1. Le temps qu'on mesure

Le temps objectif est celui des horloges et de la physique : homogène (toutes les secondes se valent), divisible, irréversible — la flèche du temps interdit le retour en arrière, contrairement à l'espace où l'on revient sur ses pas. Aristote le définissait déjà par le mouvement : le temps est ce qu'on compte quand quelque chose change. Paradoxe d'Augustin : le passé n'est plus, le futur pas encore, le présent fuit — où donc « est » le temps ? Sa réponse : dans l'âme, qui retient (mémoire), fait attention (présent) et attend (avenir).

2. Le temps qu'on vit

Une minute d'attente chez le dentiste et une minute de fou rire n'ont pas la même épaisseur : c'est la durée de Bergson, qualitative, où les moments s'interpénètrent comme les notes d'une mélodie — irréductible au temps spatialisé des horloges. Kant ajoute un niveau : le temps n'est pas une chose du monde mais la forme a priori de notre sensibilité — nous ne percevons pas le temps, nous percevons tout dans le temps. Le temps social enfin nous discipline : calendriers, horaires, urgence moderne — l'accélération est un fait de civilisation, pas de physique.

3. Habiter sa finitude

Le temps détruit (vieillissement, oubli, mort) mais il rend tout possible : mûrir, apprendre, pardonner, créer supposent la durée. Face à la finitude, trois stratégies classiques : vivre le présent (sagesses antiques — le passé n'est plus à moi, l'avenir pas encore), se projeter (l'existence comme projet), et s'inscrire dans ce qui dure plus que soi — œuvres, institutions, transmission. Pascal pointe le piège inverse : occupés du souvenir et de l'attente, « nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ». Et Nietzsche réhabilite l'oubli : sans lui, pas d'action ni de bonheur possibles.

Le vocabulaire à maîtriser
Durée
Le temps qualitatif tel que la conscience le vit, par opposition au temps mesuré.
Irréversibilité
Impossibilité de revenir en arrière dans le temps, contrairement à l'espace.
Finitude
Condition d'un être limité dans le temps, voué à la mort.
Instant
Limite sans épaisseur entre le passé et l'avenir.
Éternité
Ce qui est hors du temps — sans commencement, sans fin, sans changement.
Les auteurs incontournables
HéracliteFragments

« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » : tout coule, tout devient. Le réel n'est pas un état mais un flux — la stabilité n'est qu'une apparence du changement.

PlatonTimée

Le temps est « l'image mobile de l'éternité » : le démiurge, façonnant le monde sur le modèle éternel des Idées, crée avec le ciel cette imitation mouvante qui se déroule selon le nombre. Le temps est un moindre être — l'éternité dégradée.

AugustinConfessions, livre XI (~400)

Le passé n'est plus, le futur pas encore, le présent fuit : où est le temps ? Réponse : dans l'âme. Il y a un triple présent — présent du passé (la mémoire), présent du présent (l'attention), présent de l'avenir (l'attente). Le temps est une distension de l'âme.

KantCritique de la raison pure (1781)

Le temps n'est pas une chose ni un concept tiré de l'expérience : c'est une forme a priori de la sensibilité — le cadre dans lequel tout phénomène nous apparaît nécessairement. Nous ne percevons pas le temps : nous percevons dans le temps.

BergsonEssai sur les données immédiates de la conscience (1889)

Le temps des horloges — divisible, homogène, spatialisé — n'est pas le temps réel. La durée vécue est qualitative : ses moments s'interpénètrent comme les notes d'une mélodie. Une minute d'attente et une minute de joie n'ont pas la même épaisseur.

PascalPensées (1670)

« Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre » : le divertissement nous jette dans le souvenir ou l'attente, et le présent — seul temps qui soit nôtre — nous échappe toujours. L'homme fuit le présent parce qu'il y rencontrerait sa misère.

Citations à connaître — et à expliquer

« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. »

Héraclite

Comment l'expliquer ?

Tout s'écoule, rien ne demeure : l'eau a changé, et moi aussi. Le réel est un devenir permanent ; la stabilité apparente des choses n'est qu'un moment du changement incessant.

« Le temps est l'image mobile de l'éternité. »

Platon

Comment l'expliquer ?

Le temps est une imitation dégradée de l'éternité immuable des Idées : il en reproduit l'ordre, mais sous la forme d'un déroulement mouvant et nombré. Le temps est donc un moindre être, l'éternité diminuée.

« Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre. »

Pascal

Comment l'expliquer ?

Toujours tournés vers le souvenir ou l'attente, nous manquons le présent — pourtant le seul temps réel. Le divertissement nous fait fuir l'instant présent, où nous rencontrerions notre condition.

Repères du programme liés
Objectif / Subjectif / IntersubjectifEn acte / En puissanceAbsolu / Relatif
Tombé au bac — les vrais sujets
Sujets d'entraînement
Le piège à éviter
⚠ Attention

Confondre le temps objectif (celui de la physique et des horloges, mesurable) et le temps vécu (la durée bergsonienne, qualitative). Les deux sont vrais, mais pas du même point de vue — un devoir qui n'articule pas les deux reste à la surface du problème.