L'essentiel du cours
1. Où loge la vérité ?
La vérité n'est pas dans les choses : une pierre n'est ni vraie ni fausse, elle est. La vérité est une propriété de nos jugements : un énoncé est vrai s'il dit ce qui est. Deux grandes définitions : la correspondance (l'accord du jugement et du réel — mais comment comparer mon idée au réel, puisque je n'y accède que par mes idées ?) et la cohérence (l'accord du discours avec lui-même — mais un roman peut être cohérent et faux). D'où la quête de critères : l'évidence (Descartes), la preuve, la vérification expérimentale, l'accord des esprits compétents.
2. Une conquête contre l'opinion
La vérité ne se ramasse pas : elle s'arrache à la doxa — l'opinion commune, mélange d'habitudes, d'on-dit et de préjugés que l'allégorie de la caverne met en scène. Les armes : le doute méthodique, qui suspend tout ce qui n'est pas certain ; la démonstration, qui contraint l'assentiment par la seule logique ; l'expérimentation, qui soumet l'hypothèse au verdict des faits ; et l'examen public — une vérité qui refuse la discussion et le contrôle ressemble fort à un dogme. La vérité est intersubjective en droit : vraie pour tous, ou pas vraie.
3. Relativisme, illusion, valeur du vrai
« À chacun sa vérité » s'auto-réfute : si tout est relatif, cette phrase l'est aussi. Ne pas confondre la relativité des opinions (réelle) et celle de la vérité (contradictoire). Restent deux vraies questions. Le perspectivisme de Nietzsche : tout savoir part d'un point de vue — mais multiplier les perspectives n'abolit pas le vrai, cela l'affine. Et la valeur du vrai : faut-il toujours le préférer ? L'illusion console, l'art enchante, certains mensonges protègent. Vouloir la vérité est moins un instinct qu'une éthique — celle de la lucidité, qui accepte de payer le prix du réel.
Le vocabulaire à maîtriser
- Adéquation
- Correspondance entre ce que le jugement affirme et ce qui est.
- Doxa
- Opinion commune, reçue sans examen.
- Évidence
- Ce qui s'impose immédiatement et clairement à l'esprit, sans démonstration.
- Relativisme
- Thèse selon laquelle toute vérité dépend du point de vue, de la culture ou de l'individu.
- Véracité
- Qualité de celui qui dit ce qu'il croit vrai — on peut être véridique et se tromper.
Les auteurs incontournables
Protagoras (les sophistes)rapporté par Platon, Théétète
« L'homme est la mesure de toutes choses » : le vent est froid pour qui frissonne, doux pour l'autre — et nul n'a tort. Le relativisme sophistique réduit la vérité aux apparences de chacun ; ce que Socrate combat : si tout est vrai, plus rien ne l'est.
PlatonRépublique, livre VII (allégorie de la caverne)
Les prisonniers prennent les ombres pour le réel : telle est notre condition, captifs de l'opinion (doxa). La vérité exige une conversion : se détourner du sensible vers l'intelligible, jusqu'à l'Idée du Bien. La vérité se conquiert, douloureusement.
DescartesMéditations métaphysiques (1641)
Pour fonder la vérité, douter de tout — sens, monde, mathématiques — jusqu'au roc du cogito. Le critère : l'évidence, ce que je conçois clairement et distinctement. La vérité n'est pas reçue, elle est reconstruite ordre par ordre.
SpinozaÉthique (1677)
« La vérité est l'indice d'elle-même et du faux » : comme la lumière se montre en montrant les ténèbres, l'idée vraie n'a pas besoin d'un signe extérieur — qui a une idée vraie sait en même temps qu'elle est vraie.
NietzscheVérité et mensonge au sens extra-moral (1873)
Les vérités sont « des illusions dont on a oublié qu'elles le sont », des métaphores usées. Et derrière la « volonté de vérité », l'auteur interroge une valeur jamais questionnée : pourquoi vouloir le vrai plutôt que l'apparence, si l'illusion fait vivre ?
William JamesLe Pragmatisme (1907)
Le vrai, c'est ce qui réussit : une idée est vraie si elle « paie », si elle guide efficacement l'expérience. La vérité n'est pas une copie statique du réel mais un processus — elle arrive à une idée, par vérification.